En Allemagne, on se passe des pauses-café


Article publié sur La-Croix.com, le 20.09.2020

« Entre la France et l’Allemagne, les différences culturelles sur le lieu de travail ne sautent pas aux yeux, elles se découvrent petit à petit » : Hélène Lefort sait de quoi elle parle après quatorze années passées en Allemagne. Consultante commerciale chez Fradeo, un cabinet de recrutement franco-allemand, elle compare volontiers les deux pays, à commencer par les horaires de travail.« En Allemagne, les journées commencent plus tôt qu’en France. Il est courant de pouvoir joindre les gens au bureau à 8 heures du matin. Un commercial comme moi peut aussi régulièrement rencontrer des clients à 13 heures. En France, il est impossible de caler un rendez-vous à la pause de midi. Du coup, les gens finissent leur journée plus tôt et il n’y a presque jamais de réunion après 16 heures », explique-t-elle.

Le rythme de travail diffère également au niveau des vacances scolaires, étalées durant l’été entre les seize États régionaux (Länder). « Il n’existe pas de creux comme en France entre le 15 juillet et le 15 août », remarque Hélène Lefort. Autre différence de taille, celle de la pause déjeuner. « La plupart des salariés apportent leur boîte à repas et mangent sur le pouce », confirme-t-elle. « Lorsque l’on sort pour déjeuner entre collègues, cela doit être rapide et ne dure jamais plus d’une heure. »

Les informations passent en réunion, pas lors des pauses

Ces règles valent aussi dans le secteur public, et notamment dans la recherche. Fabrice Cotton dirige une équipe de chercheurs, au département de sismologie de l’université de Potsdam, et reconnaît avoir eu « un choc » lorsqu’il a commencé à travailler en Allemagne. « J’étais habitué à échanger pendant les pauses-café et déjeuner. Or une partie de mon équipe fait la journée continue et personne ne comprend qu’une pause-café puisse servir à communiquer. Les informations ne passent pas de cette manière, jamais entre deux portes, mais de manière plus organisée, lors des réunions », constate-t-il.

La relation avec la hiérarchie aussi est différente. « La recherche du consensus est beaucoup plus forte qu’en France », remarque Fabrice Cotton. « Avant de prendre une décision, il y a toujours un temps d’écoute. L’équipe fait des propositions et au final, la décision est prise à deux, au moins. C’est très impressionnant », relève-t-il. « Les Allemands sont reconnus au sein de l’entreprise pour leurs compétences, abonde Hélène Lefort. On leur fait confiance et leur avis est demandé par leur hiérarchie. »

Attention à ne pas oublier les anniversaires

Cette recherche de consensus n’empêche toutefois pas une relation assez formelle. « Le vouvoiement est de règle, sauf dans les start-up, et il est difficile d’appeler quelqu’un par son prénom », confirme Hélène Lefort. Attention toutefois aux impairs, comme oublier de fêter les anniversaires de ses collègues. « Écrire une carte, offrir des chocolats à cette occasion est vraiment très important », rappelle Fabrice Cotton.

Autre impair à éviter : oublier de mentionner les titres, comme celui de « docteur » – le grade universitaire –, dans les courriers. Dans ce pays, « le diplôme est très important », relève Hélène Lefort.

Delphine Nerbollier, correspondante à Berlin, service Économie, La-Croix.com